Investir dans l’innovation et la R&D pour enrichir le Québec

Erick Couillard Ph.D, consultant senior et directeur de la recherche, LEVESQUE Stratégies & Affaires publiques

L’exploitation et la transformation des ressources naturelles sont des axes prioritaires pour l’économie du Québec. Mais l’enrichissement de notre province passera inexorablement par une augmentation des investissements en innovation ainsi qu’en recherche et développement (R&D).

Le cours des richesses naturelles est à son plus bas niveau depuis quelques années. Actuellement, la valeur du baril de pétrole se situe autour de 30 $US, comparativement à 105 $US en 2014, tandis que la tonne métrique de minerai de fer est passée de 185 $US à moins de 40 $US en décembre dernier.

Les pays qui misent fortement sur les ressources naturelles pour assurer leur développement économique risquent d’êtres victimes des fléchissements du marché. C’est d’ailleurs ce que vivent actuellement le Canada avec le pétrole et le Québec avec ses ressources minières. Mais comment se comporte l’économie des pays qui ne possèdent pas de ressources naturelles aussi généreuses? La Finlande et la Corée du Sud sont les exemples les plus patents d’un modèle économique axé sur l’investissement en innovation et en R&D.

En effet, en 2012, le R&D magasine révélait que le Canada investissait seulement 2% de son produit intérieur brut (PIB) en R&D. Cette donnée était alors de 2,46%  pour le Québec, qui perd du terrain d’année en année, alors que des pays comme la Finlande et la Corée du Sud conféraient respectivement 3,80% et 3,45% de leur PIB. À ce titre, dans une publication de l’Institut Fraser intitulée Annual Survey of Mining Companies: 2012-2013, la Finlande a été déclarée comme étant le meilleur pays pour investir dans le secteur minier tandis que le Québec occupait le 10e rang. De plus, cette étude mentionnait que la Finlande aurait développé une excellente combinaison entre l’exploitation de ses ressources et la protection de son environnement.

Bien que la masse critique des entreprises technologiques québécoises n’est pas assez importante pour rentabiliser à elle seule l’exploitation des ressources du Québec, ces exemples ne mettent pas en opposition le développement des ressources naturelles et l’augmentation des investissements en R&D. Le Québec est donc à la croisée des chemins où il devra miser sur une économie où la R&D jouera un rôle plus important, notamment dans la transformation de certaines ressources naturelles, telles que le lithium, le vanadium, les terres rares, etc.

Révolution industrielle

Depuis quelques années, des cercles financiers de partout à travers le monde appuient la nouvelle révolution industrielle de nature technologique annoncée dès le début des années 1990 par Chris Anderson.

Nous pouvons par exemple penser au modèle des iHubs californiens. D’ailleurs, il est encourageant de constater que ce modèle inspire actuellement un groupe d’entrepreneurs novateurs à procéder à l’implantation d’un «iHub» privé au Québec afin de pourvoir les innovateurs et les PME québécoises de l’expertise technologique et professionnelle inhérente au développement de prototypes. En ce sens, bien que d’initiative privée, cette démarche s’inscrirait très certainement dans le cadre de nouvelles orientations politiques et d’affaires axées sur l’innovation et la R&D. Les autres provinces canadiennes adhèrent également depuis quelques années à la culture maker et à la nouvelle révolution industrielle comme en témoigne, entre autres, Canada Makes.

Remaniement ministériel

Lors du remaniement ministériel du 28 janvier dernier, le ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations a perdu le volet «Exportations» pour se voir ajouter celui de la «Science».

Il est à souhaiter que les orientations en recherche et développement visant à soutenir une politique d’innovation structurante seront une priorité pour la nouvelle ministre, Madame Dominique Anglade, afin que le Québec ne manque pas le train de la prochaine révolution industrielle déjà entamée.

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